X-Spot : mode d’emploi (part.3)

C’est alors que vous seriez en droit de me dire : mais comment faire maintenant pour amorcer de nouveau les deux spots les plus proches ? Vous avez en effet perdu vos repères « II » et « III » sur la ligne ! Rassurez-vous, il existe des trucs.

Le plus évident semble de passer un coup de Stabilo sur la tresse pour créer un repère. Mais outre que le signal visuel n’est pas assez fort, il créera mille confusions au fur et à mesure des sessions. Une petite ligature sur le fil au niveau de l’anneau de tête est beaucoup plus efficace (ou au niveau du pick-up, c’est au choix). Revenons alors à l’étape 1 : une fois la tresse maintenue par le clip-fil, le pêcheur réalise de surcroît avec un petit bout de tresse ou d’élastique une ligature sur sa ligne juste devant l’anneau de tête (ou devant le galet du pick-up). Ainsi, chaque fois que cette ligature se présentera, le pêcheur saura qu’il se trouve à la bonne distance de son spot. En jouant sur les couleurs de ligature, on peut enregistrer bien plus de trois spots. Utile quand il y a beaucoup de choses à pêcher !

Mais une autre méthode a fait ses preuves. Il vous faut pour cela deux piques, que vous planterez, écartées l’une de l’autre de la longueur de la canne qui vous sert à spoder. Avant de commencer à amorcer, vous allez relever le nombre de longueurs de cannes nécessaire pour atteindre chacun des trois spots. Notez scrupuleusement, par exemple sur votre smartphone, cette information. Elle vous permettra de placer vos line-clips correctement chaque fois que vous le désirerez. Et si par hasard vous deviez déplacer vos piques, par exemple pour immerger un sac à carpe, pas de problème : leur écartement correspondant à la longueur de votre canne à spoder, cette donnée n’est elle-même jamais perdue !

Vous seriez ensuite fondé à rétorquer que tout ceci est bien joli, mais rien n’est prévu pour les cas où la berge d’en face ne présente aucun repère visuel fiable. La nuit venue, l’obscurité écrase l’horizon dans une sourde uniformité. Quand bien même, pour peu que le paysage soit un peu fourni, comment se rappeler quelle cime est la bonne, à quel col correspond à la ligne intermédiaire, etc. ?

Pas de panique. Vous noterez que tout le sens de cet article, est de trouver les trucs et astuces qui permettront au pêcheur du bord d’être absolument autonome par rapport à son milieu. C’est un travail de géomètre auquel se livre le spodder. Or, vous avez raison, cela n’aurait aucun sens si après avoir établi les systèmes métriques lui permettant de cartographier l’eau qui s’étale devant lui, le pêcheur n’était même plus capable de trouver le Nord !

Retour à l’étape 1. Car il nous faut installer au sol une sorte de rapporteur. Une première sardine de bivvy a été préalablement plantée au sol. Lorsque le marqueur à la surface indique la verticale d’une zone que l’on souhaite amorcer, il suffit de s’accroupir, puis, à l’aide d’une seconde sardine, de matérialiser l’axe dans lequel le spodder devra lancer. Il faudra ensuite répéter l’opération autant de fois que nécessaire, mais ensuite, chaque fois que le spodder se mettra en action, il lui suffira de caler son pied entre les sardines pour immédiatement retrouver le bon azimut. Simplissime !

Voyez qu’une grave erreur consisterait à vouloir limiter les moulinets à spoder à leurs trois line-clips — d’ailleurs, trois clips sont-ils bien nécessaires ? Une fois que vous avez marqué votre ligne par une fine ligature, ou que vous connaissez le nombre de longueurs de canne vous séparant de votre spot, à quoi vous servent vraiment trois clips quand un seul suffirait ?

Non, l’intérêt de ces moulinets n’est pas là. Il est dans le fait de posséder un outil dédié à une utilisation et conçu pour elle seule. Une utilisation qui en retour ne viendra pas endommager un moulinet qui vous serait utile pour combattre une carpe. Pensez-vous sérieusement que les moulinets que vous sollicitez déjà toute l’année à la pêche, pourront de surcroît encaisser de longues séances de spodding ? De toutes façons, ils sauront bien vite vous faire savoir que non, car le line-clip qui les équipe ne résistera pas longtemps à l’impact d’un lourd spod arrêté en plein vol, sans parler de l’axe… L’avènement de ces moulinets correspond donc à un usage nouveau et spécialisé de ce type d’amorçage, exactement comme un jour les lance-appâts sont venus s’ajouter aux frondes.

Ces moulinets sont en outre les instruments d’une démarche intellectuelle plus profonde, qui cherche, dans un monde où l’homme est suppléé, supplanté même par la technologie, et qui cherche donc à reprendre l’initiative sur son environnement. Car il s’agit d’une technicisation en vue d’une maîtrise de l’espace par des moyens proprement humains : une canne fournit une longueur, cette longueur est reportée au sein d’un espace (les deux piques), cet espace mesure à son tour des écarts (les spires de la ligne), puis trois clips enregistrent cette longueur comme la mémoire du téléphone ou le simple calepin soulage le cerveau humain pour chiffrer cette mesure ; enfin des sardines plantées au sol plaquent sur l’uniformité de l’eau les lignes invisibles par lesquelles l’homme se situera, etc. Nous sommes là dans un effort intellectuel proche des premiers géomètres, et qui n’étaient pas encore des scientifiques, des contemplatifs, mais des hommes qui œuvraient dans un de ces buts pratiques dont la pêche à la ligne peut faire figure aujourd’hui d’hommage lointain.

Numa Marengo